La Libye a soudainement découvert qu’elle était devenue un hôtel… sans réception, sans chambres et surtout sans porte de sortie. Trois millions de migrants en quinze ans, dit-on, comme si ce chiffre avait poussé tout seul sur le sable, sans guerres, sans misère, sans dictatures, sans visas refusés ni frontières blindées. À Tripoli, le ministre de l’Intérieur alerte, compteur en main, sur le “risque d’installation”, comme on signalerait une invasion de chaises pliantes sur une plage publique. On s’inquiète désormais de ces familles qui arrivent, osent exister et, pire, espèrent rester en vie.
Pendant ce temps, l’Europe comptabilise ses chèques avec la rigueur d’un comptable d’opéra : 465 millions d’euros ici, 65 millions là, une addition généreuse sur le papier et une soustraction efficace sur le terrain. On finance des frontières, pas des destins. On protège des lignes imaginaires, pas des humains bien réels.
La Libye, de son côté, promet de ne plus “rassembler” les migrants interceptés en mer. Traduction : merci de ne pas ramener les naufragés que l’on feint de ne pas voir quand ils coulent en direction de l’Italie, à seulement 300 kilomètres, soit une longueur d’espoir trop longue à la nage.
Ainsi, chacun protège ses frontières, son budget, son discours. Et les migrants, eux, continuent de protéger leur seul droit encore debout : celui d’essayer, encore et encore.
Wilfrid K./La rédaction







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