À force de laisser les richesses grimper d’un côté et la précarité s’installer de l’autre, un pays peut finir par ressembler à une copropriété où certains possèdent les appartements, tandis que d’autres paient simplement pour avoir le droit de regarder les ascenseurs. Platon avait déjà décrit, dans La République, un État qui cesse d’être véritablement un lorsqu’il se fracture entre riches et pauvres. Il parlait alors de deux États partageant le même territoire et nourrissant une hostilité permanente.
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Deux millénaires plus tard, la formule conserve une étrange fraîcheur. Lorsque l’écart de richesse devient abyssal, les mêmes routes, les mêmes écoles et les mêmes institutions peuvent donner l’impression de servir des populations vivant sur des planètes différentes. Pour les uns, l’inflation est un désagrément ; pour les autres, elle transforme le panier alimentaire en exercice de haute voltige.
Le plus inquiétant n’est pas seulement que certains accumulent beaucoup pendant que d’autres manquent de presque tout. C’est lorsque chacun finit par considérer l’autre comme responsable de son malheur. Le riche voit le pauvre comme une menace ; le pauvre voit le riche comme un système à combattre. Entre les deux, la confiance publique prend l’eau.
Une société peut survivre à l’inégalité. Elle survit beaucoup moins facilement à l’idée que la réussite des uns exige nécessairement l’écrasement des autres. Quand cette conviction s’installe, l’État reste debout sur les cartes, mais commence à se fissurer dans les consciences.
Wilfrid K./La rédaction






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