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SÉNÉGAL : PASTEF BLOQUE LE BUDGET RECTIFICATIF GOUVERNEMENTAL

SENEGAL

Au Sénégal, le budget rectificatif a fini par ressembler à un exercice de funambulisme politique : le gouvernement cherche l’équilibre financier, tandis que sa propre majorité parlementaire refuse de lui tendre le filet. Le 23 octobre 2026, la commission des Finances de l’Assemblée nationale a rejeté le projet de loi de finances rectificative ainsi que les deux amendements présentés par l’exécutif. Une scène qui rappelle qu’en politique, les alliances peuvent être solides jusqu’au moment précis où arrive la facture.

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Le plus savoureux dans cette affaire, c’est que PASTEF, parti majoritaire, ne conteste pas la nécessité de réviser le budget. Il refuse plutôt le texte proposé, estimant que plusieurs arbitrages menacent les investissements publics, les priorités sociales et le pouvoir d’achat des Sénégalais. Autrement dit, la majorité ne veut pas nécessairement changer de direction, mais elle conteste sérieusement la route empruntée par le gouvernement. Quand les passagers commencent à discuter du conducteur en pleine descente, même le budget le plus bien présenté risque quelques turbulences.

Au cœur du désaccord figurent notamment les réductions envisagées dans les subventions énergétiques et les dépenses d’investissement. Santé, éducation, formation professionnelle, infrastructures et industrie sont concernés par les arbitrages contestés. PASTEF réclame que les économies portent davantage sur les dépenses non prioritaires et demande que toute réduction des subventions énergétiques soit accompagnée de mesures destinées à protéger les consommateurs. Car demander aux ménages de se serrer la ceinture devient politiquement délicat lorsque le prix de l’énergie menace déjà de leur couper le souffle.

Autre dossier sensible : les 120 milliards de francs CFA associés au mécanisme de réponse d’urgence contingente, le CERP. Les députés réclament des documents sur les accords de financement, l’affectation des ressources et les conséquences budgétaires des opérations concernées. Ils exigent également davantage de transparence sur la dette, les déficits prévus et les audits des finances publiques. La transparence, cette vertu unanimement célébrée dans les discours, devient manifestement plus exigeante lorsqu’il faut ouvrir les dossiers et répondre aux questions.

PASTEF demande aussi une réduction du train de vie de l’État, un meilleur encadrement des fonds spéciaux et une rationalisation du secteur parapublic. Autant de chantiers qui soulèvent une question simple : qui acceptera de commencer les économies par sa propre maison ? Dans les couloirs du pouvoir, la sobriété est toujours plus facile à recommander qu’à appliquer.

Le rejet en commission ne signifie toutefois pas que le texte est définitivement enterré. L’examen en séance plénière doit encore permettre de rechercher un compromis. Mais le signal politique est clair : la majorité exige des explications avant de soutenir les choix budgétaires du gouvernement. Pour les Sénégalais, l’essentiel ne sera pas de savoir qui aura gagné ce bras de fer, mais si cette bataille produira des comptes plus crédibles, des dépenses mieux contrôlées et une protection réelle du pouvoir d’achat. Car les querelles institutionnelles font du bruit ; leurs conséquences, elles, finissent toujours par arriver dans les foyers.

Wilfrid K./La rédaction

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