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RELATIONS ENTRE LA FRANCE ET L’AFRIQUE

Sep 11, 2023
Galley

L’actualité en Afrique noire francophone est marquée ces dernières années par le sentiment anti-français et la résurgence des coups d’État. Une situation qui interpelle plus d’un sur la scène internationale. Interrogé sur la question, Frédéric Atsou Galley, Observateur averti de la géopolitique internationale et ancien Médecin Hospitalo-Universitaire, a décrypté la situation au micro de First Afrique.

 

First Afrique : Quelle lecture faites-vous des derniers développements de l’actualité politique au Niger et au Gabon ?

Frédéric Atsou Galley : On ne peut pas séparer formellement la situation Gabonaise et Nigérienne de celles de toute l’Afrique francophone. Je veux dire par là que ce que nous observons actuellement au Mali, au Burkina Faso, en Guinée, au Niger et au Gabon n’est qu’un ensemble de formes de maturation spécifique locales d’une réalité sociologique et politique identique née des contextes des Indépendances et dont les origines remontent substantiellement à la Conférence de Berlin du 15 Novembre 1884 au 26 Février 1885.

First Afrique : Que voulez-vous dire par là ?

Frédéric Atsou Galley : Ma vision des choses est que fondamentalement les « Indépendances octroyées » par la France à ses colonies ont été non seulement bâclées dans leur forme mais pire viciée dans leur conception.

En effet, les élites Africaines francophones pour assurer une véritable relève dans la gestion du Pays après le départ du Colonisateur ont été produites de façon très insuffisante d’une part et façonnées expressément pour mimer exclusivement les modèles du pays colonisateur sans aucune marge d’adaptation aux réalités autochtones.

Par ailleurs sur le plan de l’organisation politique des colonies après les« indépendances » les accords signés entre la France et celles-ci étaient fondés sur des principes dogmatiques, des préjugés tendancieux et des rapports paternalistes

Les Dogmes : 1° La Stabilité de la Gouvernance. 2° Les Régimes Forts

S’il est vrai que la stabilité institutionnelle est nécessaire pour la stabilité d’un pays, force est de constater que cette stabilité ne peut en aucun cas être synonyme de l’inamovibilité des dirigeants mais devrait être plutôt la conséquence de la force même des Institutions. Or la mise en œuvre des accords d’Assistance Sécuritaire signés entre la France et les Pays promis à recevoir l’Indépendance a abouti à la paralysie des Institutions et surtout à la Protection à priori de tous les régimes cooptés par la France sans aucun discernement concernant leurs capacités à bien gouverner ou pas.

Comme en plus des dogmes on a ajouté les préjugés du genre « Les Africains sont Incapables de se gouverner ». « Les Africains si on les laisse seuls vont passer leur temps à s’étriper entre eux ». « Pour les tenir, il faut des régimes forts » etc. l’ancien Colonisateur s’est automatiquement et de ce fait mis en situation d’arbitre permanent pour calmer le jeu par ci comme il le juge, nommer ses substituts locaux par là et en tout temps désigner, conseiller ou aider au nettoyage des « fauteurs » de trouble, c’est-à-dire ceux qui auraient la mauvaise idée de demander une évolution positive des Institutions dans un sens jugé incompatible avec les intérêts de l’ancienne puissance coloniale,

Et comme si les impasses de gestion et de gouvernance dans lesquelles nos pays nouvellement « indépendants » étaient conduits ne suffisaient pas, voilà que apparemment dans l’improvisation, l’ancienne puissance coloniale, je dirais plutôt l’ancien Ministre des Colonies de la Quatrième République nous sortait d’un chapeau dans un célèbre discours de années 90 à la Baule le Postulat selon lequel la démocratie n’était pas une culture politique infusée mais un simple habit à porter de sorte qu’on pouvait se coucher la veille dans la culture tribale et se réveiller le lendemain en « démocrate » rompu ayant assimilé jusqu’au bout des ongles les principe de la loi, du respect de la loi, de la justice sociale universelle , du respect des institutions , du principe de l’égalité citoyenne. Ce qui peut choquer aujourd’hui et qui me choque personnellement est que dans les configurations micro sociétales faites essentiellement de juxtapositions en mosaïques de mentalités culturelles, religieuses et spirituelles différentes souvent en conflit, et de regroupements humains de type tribal telles qu’on les connaît depuis la balkanisation décidée à Berlin, la Démocratie comme on l’entend en Europe surtout est inapplicable dans la majeure partie de l’Afrique. Elle est si inapplicable que depuis qu’on prétend l’avoir exportée en Afrique francophone sous l’ère du Président François Mitterrand dans pratiquement tous nos pays, son installation s’est soldée par la création de dizaines voire de centaines de partis politiques et le principe de l’alternance y est partout entendu non pas sous sa légitimité d’alternance de projets politiques mais d’alternance tribale. Si on pense que la Démocratie est la forme d’organisation politique la plus adaptable à l’Afrique, il ne faudra donc pas tromper les gens surtout les Africains en leur racontant qu’il s’agit d’une friperie prête à être portée du jour au lendemain mais que pour s’en approprier, Il faudra s’ y préparer, apprendre ses règles et ses pratiques pendant un certain temps et l’accompagner de réformes essentielles institutionnelles, économiques, juridiques et sociales telles que des aménagements justes, égalitaires ou équitables des territoires,

First Afrique : Dans ces conditions, y-a-t-il encore une place pour la France en Afrique ?

Frédéric Atsou Galley : Bien entendu. La France est encore désirable et même désirée en Afrique. Elle est toujours un Grand Partenaire Historique Potentiellement Sécurisant du développement en Afrique. Ceci dit, il faudra cependant qu’elle change en partie sa vision, ses méthodes et les types de rapports qu’elle entretient avec l’Afrique. L’un des domaines dans lesquels les Africains demandent et attendent du changement non pas uniquement dans les discours mais dans les actes concrets est celui du respect de l’homme Africain. Ce dernier exige désormais d’être pris au sérieux, qu’on traite avec lui de façon normale, respectueuse sans condescendance ni mépris. Les Africains veulent aussi avoir avec la France des rapports de franchise et de clarté. Sur la question du Sahel par exemple ils veulent savoir si la Doctrine de la France et des Européens est de procéder à un nouveau redécoupage du Mali, du Niger, du Burkina Faso et du Tchad pour satisfaire aux desiderata de création de nouveaux Etats Indépendants et Souverains de certains Touaregs et Arabes ou d’aider l’ensemble des différentes communautés de ces Pays à réinventer une nouvelle citoyenneté commune qui anoblirait leurs richesses culturelles et donneraient des droits égalitaires équilibrés par des devoirs identiques à tout le monde.

En ce qui concerne la Coopération Militaire entre la France et les Pays Africains il faudra remettre tout à plat. Je crois que cette coopération doit désormais être incluse dans un cadre plus large à la fois avec l’Union Européenne, les Etats-Unis d’Amérique et d’autres pays de l’OTAN, la Russie, la Chine, ceci associé bien entendu à d’autres coopérations plus horizontales intra africaines.

 

interview réalisé par la rédaction de First Afrique Tv

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